C’est étrange

Fragments

C’est étrange, comme le feu dans nos mains chante la braise.

C’est étrange comme le monde s’est teinté du néant.

Hier encore il y avait comme un parfum de liesse,

Qui embaumait le cercle rapproché de nos sens.

C’est étrange comme déjà se patine l’ivresse,

D’un filtre virtuel qui a tout dérobé,

Un mur d’illusions vaines qui prétend connecter,

Et qui ravive au loin le chant de nos égos.

C’est étrange car hier encore, je me souviens.

Il brûlait dans nos yeux une larme d’espérance,

Quelque chose d’insensé qui défiait le réel,

Une course contre la montre que nous allions gagner.

C’est étrange ce combat qu’il faut sans cesse mener,

Contre les portes ouvertes vers les longs raccourcis,

Ces chemins de traverse qui nous vantent la paresse,

Comme une sœur éloignée de la contemplation.

C’est étrange, mais j’y croirai toujours,

Aux bonheurs insolites qui déchirent le jour,

Quand le matin encore je ne suis pas couché,

Et que je rêve sans fin aux couleurs opiacées.

Nos souffles unis recouvrent tout

Fragments

Une pluie de toi sur mon visage, le goût du souvenir dans la bouche. C’est humide entre mes doigts, comme une langue tendue dans le noir. Les corps s’avalent pour mieux se voir dans la tempête. La lumière passe entre les êtres et je m’estompe sur ta peau. Dehors, les gouttes tombent sur le velux et font crépiter le décor. Nous entendons à peine la lumière de l’orage. Nos souffles unis recouvrent tout.

Nous disparaissons dans une volupté brute. Tout recommence, plus fort, plus proche, jusqu’à dissolution. Nous nous endormons enfin, cachés sous la lune. Je sens ton absence à la lisière du sommeil. Je m’anime à nouveau avec les bruits du toi.

Les Solitudes

Fragments

Elle lui demanda de le regarder. Il détournait les yeux. Elle lui dit que même ailleurs elle le regardait, mais il ne l’entendait pas. Il refusait d’admettre qu’elle avait son regard dans le sien même en lui tournant le dos. Pourtant elle le voyait tout entier, encore mieux avec de la distance, encore mieux avec l’âpreté du manque, elle pouvait le contempler, dans ses gestes, dans ses paroles, dans son être, dans sa beauté. Lui, continuait à fuir cet implacable constat empirique qu’était le vide créé par son absence.  Elle, pouvait le peindre avec ses mains, dans l’espace que son corps n’investissait pas. Son souvenir ne lui suffisait pas, mais elle parvenait à entourer le vide. En formant des cercles d’or avec ses doigts, elle attrapait un peu de son âme ; quelques filaments cendrés qui blanchissaient sa peau. Lui, il regardait son ventre et sa douleur et son chagrin, le pressait doucement contre sa poitrine et ignorait la lumière, douce et lointaine qui caressait sa nuque.

Ensemble

Fragments

Toi, tu es venu de moi, je suis venu de toi, j’ai croisé ton errance, tu es nu dans la danse, je suis beau dans tes yeux, je suis faible sans eux, je ne suis rien dans la nuit sauf quand tu me souris.

Les autres murmurent, j’aime leurs visages, leur présence me rassure. Les autres murmurent, un peu trop fort, cela me fait peur, je veux les embrasser, mes lèvres sont desséchées. Je tourne autour de moi, la main dans mon visage, le cœur à l’ouvrage, j’évoque des mises en scène qui trahissent le réel.

Je cherche leur souffle, je n’entends que le mien, ils cherchent mon souffle mais il n’existe pas. Je n’existe plus, j’étais comme une pensée, emportée par la pluie, les voilà rassurés. Je n’existe plus, j’étais leur autre, leur alter (sans) ego, on a cru se croiser, sans vouloir se toucher.

Il faut réessayer, combler les interstices, se rappeler du futur, ce souvenir en commun. Il faut réessayer, s’effleurer, se nouer, en ouvrant grand les bras, se mêler dans le vide et flotter vers ailleurs. Ensemble.

Sans contact

Fragments

Ses doigts touchent les reliefs apaisants de sa carte de crédit. Derrière lui, une fenêtre, il fait si beau dehors mais les volets sont fermés, la télévision est allumée en continu. Elle bourdonne, dissipe le silence et accompagne la solitude. Il regarde le mur de sa chambre, il entrevoit les possibilités, rêve de choses qui ont été soufflées. Les oiseaux se sont tus et avec eux le ciel, on peut les contempler si on en paye le prix. L’abondance pour un temps et en contrepartie, le luxe de ne penser à rien.

Les spectres errent entre les rayons des supermarchés. L’agencement est parfait, rien n’interfère plus entre le consommé et le consommant, les liens sont invisibles, tout est disponible sous les reflets splendides d’un carrelage rutilant. Et si la vision des produits remarquablement disposés est trop insupportable, il existe des alternatives.

Quelques pressions de l’index suffisent. Le voilà rassuré, il n’a pas eu besoin d’interagir avec autrui et il recevra dans les trois jours ouvrés, l’objet souhaité dont il n’a plus besoin. En attendant, il faudra patienter en absorbant en quantité massive, un flux continu de breloques audiovisuelles. Il jubile, même s’il ne sait plus vraiment ce que cela veut dire. Heureusement, un dictionnaire en ligne et quelques tutoriels éclaireront sa lanterne.

 

Elle tient les vagues entre ses mains

Fragments

Il y a tellement de soleil contre le fleuve que ses pensées sont blanches. Il plonge dans le miroir et s’habille des méandres que son corps dessine en tordant l’horizon. Tout est limpide car il ne voit plus rien. Tout est clarté dans la lumière du soir. Ses mouvements créent de petits remous à la lisière de l’eau. Ce sont comme des vagues qui dansent pour célébrer le jour. La nuit va arriver mais elle se fait attendre. Mystérieuse et craintive elle attend sagement son tour.

Il y a tellement de lune contre le fleuve que ses pensées sont rouges. Ce soir elle s’est parée de feu et flambe parmi les astres. Elle plonge dans le miroir et déshabille le ciel en fendant la surface des eaux troubles de son cœur. Elle sait qu’il est venu ici, plus tôt dans la journée, quand le soleil tenait encore les nuages en respect. Elle sent sa présence simplement en tenant l’eau entre ses mains. Ses caresses réactivent les mouvements de son corps.

Ils se touchent à quelques heures d’intervalle. Ils se sentent, se croisent, se reconnaissent séparés par le temps. Il est venu ici, à nager dans la lumière, là où elle danse dans les limbes empourprés. C’était dans une autre vie peut-être, ils ne savent plus vraiment. Mais ils se souviennent de l’avenir, ils savent qu’ils se croiseront bientôt.

Il tient le vent entre ses mains

Fragments

Le soleil l’aveugle alors il marche à reculons. Il voit devant lui une étendue de sable gris. Il sait que tout est plus clair derrière, mais il a peur de se brûler les yeux. Des silhouettes jaillissent des profondeurs et retournent aussitôt se terrer sous de gros monticules de poussière. Le vent gifle son visage, il n’entend rien sinon l’errance. Le vent souffle entre ses mains et il essaye de l’attraper. Ses traces s’effacent, personne ne se souviendra de lui. Il recule et malgré tout il avance. Il cherche un petit coin d’ombre, sous un arbre où il pourra se reposer et boire un peu d’eau. Pour l’instant, s’il ouvre son outre, elle se remplira de sable et il mourra. Il espère trouver une alcôve dans la roche, un espace généreusement offert par le hasard pour qu’il puisse s’asseoir et regarder la lumière à travers ses doigts desséchés. Il espère trouver la pierre qui rafraîchira sa peau écorchée.

Elle n’est pas loin de lui mais la tempête les sépare. Ils ne peuvent s’entendre ni se voir. S’ils s’arrêtaient tous deux et tendaient les mains vers l’inconnu, ils s’effleureraient et pourraient se tenir debout contre les éléments. Peut-être même attraperaient-ils le vent. Peut-être… Seulement voilà, on ne leur a jamais appris à tendre les mains, on leur a seulement dit de traîner les pieds jusqu’au prochain point de chute, de reculer pour avancer et de ne pas se préoccuper des autres. C’est ce qu’ils font depuis des siècles et ils survivent ainsi.

Il tient le soleil entre ses mains

Fragments

Elle passe comme un fantôme au milieu de la foule. Il tient le soleil entre ses mains. Elle passe comme un fantôme au milieu de la foule et il réchauffe son corps simplement en lui montrant ses paumes. Elle ne sait pas comment lui dire. Comment lui dire qu’elle est invisible ? Comment lui dire qu’elle sent dans son ventre parfois, le vide de tous les précipices ? Il lui tend simplement ses paumes et le soleil réchauffe leur corps. Mais il absorbe le vide, il l’absorbe et maintenant c’est lui qui disparaît. Il se sent impuissant alors il ouvre les paumes plus largement, il écarte ses doigts et pause les mains sur son ventre. Cela lui suffit à elle mais pas à lui, lui il disparaît dans le néant et il l’avale comme un fleuve avalerait l’océan. Elle a les yeux fermés, elle pense qu’il est encore là, avec ses paumes tendues et le soleil qui lui brûle les mains. Lui, se débat dans tous les précipices mais il n’y a rien à affronter là-bas. Il est seul, seul dans la nuit, avec la lune qui l’ignore. Alors il montre ses paumes au ciel et gèle à l’intérieur. C’est le silence.

Voyage à Nouméa

Nouvelles

Attention, cette fable philosophique est inspirée de faits réels. Pour des raisons d’anonymat, les prénoms de Marc et Jordan ont été remplacé par Pierre et Jean. Cette nouvelle leur est dédiée, en souvenir du bon vieux temps. 

Temps de lecture estimé : 5 à 7 minutes (moins d’une minute si vous ne lisez que le titre).

Voyage à Nouméa

Jean regardait d’un œil inquiet le panneau d’affichage des arrivées. Le vol depuis Nouméa avait une heure de retard mais l’avion était bien arrivé au Terminal B de l’aéroport Charles De Gaulle. Il était impatient de retrouver son ami Pierre. Pour fêter dignement son retour, il avait acheté quelques-uns de ses aliments préférés et une quantité peu raisonnable d’alcool. La nuit allait être longue et il pensait déjà aux anecdotes qu’ils partageraient ensemble.

Pierre devait se marier la semaine suivante et Jean était le témoin de cet événement qu’il n’aurait manqué pour rien au monde.

Pierre avait roulé de nuit pour aller chercher son ami Jean à l’aéroport de Nouméa. Les vols depuis Paris arrivaient généralement assez tard et il habitait à cinq heures de la ville. Il portait une chemise à fleurs et un short de bain qu’il affectionnait tout particulièrement.

Pierre devait se marier la semaine suivante et il avait choisis Jean, son ami du lycée, comme témoin de cet événement qu’il attendait avec impatience.

Jean attendit une bonne demi-heure que les passagers passent la sécurité mais il ne vit pas Pierre. Il supposa, comme cela arrive assez régulièrement, que ses bagages eussent été perdus.

Pierre avait déjà bu deux bières au bar de l’aéroport et bien que l’avion depuis Paris soit arrivé depuis plus de deux heures, il ne vit pas la silhouette de son ami Jean. Il savait que ce dernier avait tendance à se perdre et peut-être errait-il sans but dans les couloirs adjacents de cette zone transitoire dédiée aux voyageurs.

Jean, qui n’aimait pas trop les téléphones, alla en acheter un dans une boutique attenante et décida de composer le numéro de Pierre afin d’obtenir avec lui un entretien téléphonique lui permettant d’avoir un contact vocal.

Le téléphone de Pierre sonna. Il ne connaissait pas le numéro. Peut-être s’agissait-il d’un démarchage intempestif ayant pour but de lui vendre un forfait téléphonique dont il n’avait nullement besoin. Il nota tout de même le numéro et décida de rappeler en prenant bien soin de masquer le sien. Pierre était un pro de l’informatique et, dans le milieu de l’informatique, on l’appelait souvent « Le pro de l’informatique ».

Pierre ne répondait pas, c’était inquiétant. Comment prendre contact avec son ami qui, peut-être, courrait un grave danger ? Un appel masqué fit bientôt vibrer son smartphone et il hésita à répondre. S’agissait-il de démarchage téléphonique afin de lui vendre des encyclopédies ? Qu’à cela ne tienne, il fit preuve de témérité et décida de répondre afin de s’entretenir de façon péremptoire avec son interlocuteur. Quelle ne fut pas sa surprise quand il se rendit compte que c’était son copain Pierre au bout du fil. « Tu fais du démarchage téléphonique pour vendre des encyclopédies toi maintenant ? » lui demanda Jean.

« Non », lui répondit Pierre qui n’était pas d’humeur. « T’es où pauvre cloche ? » demanda-t-il en levant les bras au ciel et en faisant tomber son téléphone par la même occasion.

– « Je suis a l’aéroport. Je t’attends, rétorqua Jean.

– Moi aussi je t’attends à l’aéroport, t’es où ?

– Dans un grand hangar où des gens traînent des valises.

– Pareil.

– Bon, ça serait bien qu’on arrive à se trouver.

– Oui, t’es où ? insista Pierre.

– À l’aéroport, toujours. Trouvons un point de repère.

– Le Nord ?

– Trop vague. Et je n’ai pas de boussole.

– Nord-Ouest ?

– J’ai une valise mauve avec des onomatopées du genre « Wooow », « Pffff » ou « Serge ».

– J’arrive, bouge pas.

– Moi aussi j’arrive, bouge pas.

– Non c’est con, le mieux c’est qu’on ne bouge pas tous les deux, c’est plus prudent. »

Ils attendirent ainsi un bon quart d’heure américain puis finirent par se recontacter car personne ne put trouver l’autre.

– « Bon… Rendez-vous à un endroit facile à trouver. T’as une idée Jean-Jean ?

– Hum… non Pierre-Pierre. Dans une boutique ?

– Ouais, genre je sais pas, le kiosque à journaux ?

– Lequel ?

– Celui où ils vendent des croissants.

– J’aime pas trop les croissants.

– On n’est pas obligé d’en acheter.

– Dans ce cas rendez-vous au kiosque à journal.

– À journaux !

– Ça dépend combien de journaux il y a. S’ils ne vendent qu’un seul journal, c’est un kiosque à journal et non à journaux.

– Ne joue pas au plus malin avec moi tête d’ampoule. Rendez-vous aux kiosques à… magazines.

– Ok je bouge pas de là et toi tu vas au kiosque.

– Ouais voilà. Non attends, c’est nul.

– C’est bon t’es encore vexé pour ce truc de journaux ?

– Non non… réfléchis un peu, si moi je vais au kiosque à… euh… magazines et que toi tu restes là où tu es… et bien on ne se trouvera jamais.

– Ah mais moi j’y suis déjà. Kiosque à croissants, là où ils vendent des journaux.

– Cool, j’arrive, bouge pas.

– C’est ce que je fais depuis tout à l’heure ! » dit Jean pour clôturer la conversation mais Pierre avait déjà raccroché.

Après plusieurs minutes à se chercher respectivement dans la boutique où seulement un vendeur se tenait derrière la caisse, aucun des deux ne put se trouver.

– « Tu es dans une autre dimension ou quoi ? plaisanta Jean.

– Attends tu as oublié de m’appeler avant de pouvoir me parler imbécile. »

Jean composa le numéro de téléphone de Pierre puis réitéra sa question :

– « Tu es dans une autre dimension ou quoi ?

– De quoi ?

– Laisse tomber, c’était plus drôle la première fois.

– T’es où ?

– Au kiosque !

– Moi aussi !

– Je ne te trouve pas !

– Moi non plus.

– T’es habillé comment ?

– Non toi t’es habillé comment ?

– J’ai une chemise à fleurs et un short de bain.

– Ah ça y est je te vois ! »

En effet, un homme en chemise à fleurs et en short de bain venait de pénétrer dans la boutique et feuilletait maintenant un magazine sur le cyclisme.

– « C’est marrant t’es plus grand qu’avant je trouve.

– C’est parce-que dans l’hémisphère sud c’est pas la même gravité, du coup j’ai peut-être pris quelques centimètres.

– Je ne me souvenais pas que tu avais la peau noire.

– Je passe beaucoup de temps dehors et le soleil tape fort en Nouvelle-Calédonie. Tu devrais te renseigner sur la mélanine.

– Ah… bon… Ok bon attends, je raccroche, ça sert à rien de se parler par téléphone, bouge pas, j’arrive. »

Jean s’avança lentement vers un homme d’une quarantaine d’années, la peau noire, le front légèrement dégarni et les yeux cerclés par de petites lunettes rondes. Il ne ressemblait absolument pas au souvenir qu’il avait de son ami Pierre. Pierre était assez grand, robuste, il avait le visage anguleux, la peau pâle et les yeux bleus. Il ne portait pas de lunettes et sa femme ne s’appelait pas Mélanine aux dernières nouvelles.

– « Salut mon Pierre ! T’as perdu tes cheveux ou quoi ?

– Pardon ? dit l’homme en se retournant, plus surpris qu’agacé d’être apostrophé aussi soudainement.

– C’est bien toi Pierrot ?

– Oui. À qui ai-je l’honneur ?

– Ah ah t’es con. Bon on va boire un verre sur Paris parce-que j’ai soif et j’ai hâte que tu me racontes tout ça.

– Euh… d’accord. »

Pierre attendait Jean qui ne venait toujours pas. Le caissier de la boutique commença à fermer le rideau de fer en lui suggérant, par de nombreux regards insistants et quelques invectives assez spontanées , qu’il « aille se faire foutre ». Il essaya à plusieurs reprises de recontacter Jean mais ce dernier ne répondait plus. Il commençait à perdre patience et décida d’aller boire une autre bière mais il trouva le bar fermé.

Jean et Pierre étaient dans un taxi. Ils étaient tous les deux installés sur la banquette arrière.

– « Tu n’avais pas de bagages ? demanda Jean pour rompre le silence.

– Non.

– T’as raison il faut voyager léger.

– Oui.

– Pas trop stressé pour le mariage ?

– Ça va, c’est déjà passé.

– Ah bon ? Merde je pensais être ton témoin du coup. En même temps je me demandais pourquoi tu venais à Paris pour ton mariage alors qu’il a lieu à Nouméa.

– Non, je me suis marié à Niort.

– Ah ok. Ben j’aurais pu venir tu sais…

– Une autre fois.

– Ouais. Comme tu dis. Tu veux faire quoi ce soir ?

– La fête.

– C’est party ! T’as compris ? Party, comme la fête en anglais.

– Non. »

Ainsi Jean et Pierre passèrent un week-end animé à Paris. Ils allèrent boire des coups avec leur copain Armandin à côté de Montmartre et passèrent la nuit à refaire le monde. Armandin trouva aussi son ami Pierre changé mais il ne s’étonna pas outre mesure.

Pierre, quant à lui, attendit une dizaine d’heures à l’aéroport de Nouméa puis finit par rentrer chez lui en effaçant Jean de son répertoire téléphonique et aussi de sa mémoire. Il n’eut plus jamais de nouvelles. Il devint interprète japonais et vit aujourd’hui à Nancy où il vend des espadrilles avec son épouse Mélanie.

Quant à Jean, il mourut à son bureau des suites d’un infarctus après une absorption trop importante de caféine. L’enquête démontra qu’il s’agissait d’une anomalie de la machine qui délivra par erreur une dose cent fois supérieure à ce que l’être humain est capable de supporter. Ces derniers mots, que l’on grava sur sa tombe, furent les suivants : « Il est vraiment dégueulasse ce café. »