Le Havre

Voyage(s)

Au pied du béton roule la mer grise, le ciel bas la regarde recracher ses galets.

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Il y a dans cette grisaille apparente, pour celui qui observe bien, à l’aune des intempéries, toutes les couleurs du monde. Elles se reflètent dans la brume, scintillent à la lumière, s’infiltrent dans les cargos et repartent en mer, sous l’horizon mordoré d’un ciel instable.

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Au petit matin, entre vagues et nuages, les bateaux glissent lentement sur le fil de l’aube.

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Même les esprits rebelles, portant leur disgrâce comme un bouquet d’audace, indifférents aux injures compassées et aux froides invectives, semblent avoir cédé au grand chantier politique du patrimoine mondial ; rasés de frais.

 

Aotearoa

Voyage(s)

Auckland est un gros point gris dans le pays au long nuage blanc. Comme un contrepoids de banalité pour rétablir l’équilibre des choses et s’opposer platement à l’insolente beauté du dernier paradis terrestre. Aotearoa !

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Christchurch la borgne, cette gueule cassée au milieu de l’arrogante splendeur des paysages de l’île du sud. Elle se relève fièrement, tremblante, fissurée mais debout, tissant dans le béton esquinté les formes abstraites de son irrévérence. Son impassible disgrâce est une invitation, un poème gravé dans le bitume.

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Sifflante comme un vent froid qui ne connaît pas le repos, coquette et courtoise sur ses hauteurs sylvestres, embrassée par la mer et toutes ses convulsions, changeantes elle exprime ses humeurs dans le ciel, les avions s’y faufilent comme des feuilles de papier. Wellington.

 

Paris – Dans la ville

Voyage(s)

Ciel de plomb en juin, la Seine déborde. La colère gronde dans les rues : gaz moutarde. Je glisse sur la ville et Paris défile. Même dans sa robe grisâtre, elle reste belle. Des immeubles délavés aux méfaits architecturaux, de ses aspérités à ses coins insalubres, je vis avec elle une histoire d’amour compliquée. Je me lasse d’elle à trop la fréquenter, puis elle me manque soudainement quand je m’en éloigne.

Ambiance électrique, odeur de fin du monde, les chiens de garde sont lâchés et ils veulent t’abîmer, te rendre lisse et servile comme une stèle de musée, alors que tu es à toi seule une fête, une ode intemporelle à l’émancipation.

Montréal

Voyage(s)

La quiétude s’empare des marcheurs égarés. Il fait bon se perdre pour retrouver son chemin.

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Je me glisse dans la ville inconnue, le plaisir se répand dans l’imprévisible. Amour furtif derrière un arbre en fleurs, je caresse les murs comme un gilet de laine.

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D’en haut la ville est laide mais semble renfermer un secret que je tente de découvrir. Un touriste passe, prend une photo puis disparaît.

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Parenthèse de nature dans le tourment de la ville, une canette de red bull vient rouler à mes pieds.

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Il y a des lieux méconnus qui vous semblent familiers. L’air qu’on y respire dans l’espace agencé est comme une promesse tenue, une promesse venant d’une autre vie.