Les invisibles

Fragments

Aux aurores qui dessinent au loin un nouveau jour, ils quittent les sentiers illuminés et portent le monde sur leurs épaules. Les temps morts sur la cime du silence – pendant le trajet – se rejoignent au carrefour des chemins escarpés. Rares et fragiles, ils inspirent les errances et enlacent l’ennui, sans un bruit, à l’orée de la somnolence. Juste avant d’en découdre, dans l’indifférence générale des indices et des cours, qui les réduisent à des statistiques, des coûts, des entraves à la vanité de ceux qui ne veulent pas partager les fruits d’un labeur qui n’est pas le leur.

Dans le train

Voyage(s)

Le train s’enfuit et se tortille dans l’obscurité d’une nuit sans lune. Les fenêtres reflètent les visages émaciés. Ils rentrent chez eux, courbés par le travail, bercés par les ballotements : certains s’endorment. D’autres, plus insouciants, désireux de tromper la fatalité et la fatigue, rient sous la caresse nocturne des effets de l’alcool.

Le train s’enfuit et moi avec, je regarde ce petit monde qui s’évite, chacun envouté par la lumière pâle des écrans connectés. Le son saturé embaume le wagon et les sonneries rugissent comme des hymnes de solitude.

Il est 23h30 et tout le monde communique sans croiser leur regard. C’est un étrange spectacle de bruits et de rumeurs où l’on s’ignore en attendant le quai.