Poésie Digitale

Fragments

Parfois je préfère les pigments digitaux. Ils s’assemblent pour créer un monde alternatif, où la poésie en transit est condamnée à errer dans une forme immatérielle, intangible… Mais enfin, n’est-ce pas là sa nature même, depuis la nuit des temps, que d’amortir dans le réel, l’absolue relativité de la beauté invisible des choses ?

Le code n’est-il pas un langage développé par l’Homme et seulement par lui ? N’est-il pas capable de simuler à travers ces lignes, un horizon régi par des lois semblables à celles de l’univers ? S’y vautrer, n’est pas moins vain ou plus abstrait que d’attendre un signe, une explication, un remède contre la médiocrité dans le firmament des choses, pendant que se déroule dans l’épisode médiocre de ce qu’ils nomment le « réel », les bégaiements d’une narration consignée par la nécessité du contrôle.

J’attends donc le surgissement imprévisible, qui un jour viendra troubler ma somnolence, il viendra comme l’étoile déchirant le ciel d’encre, des nuits noires et chamarrées de l’Outreterre.

Dans le train

Voyage(s)

Le train s’enfuit et se tortille dans l’obscurité d’une nuit sans lune. Les fenêtres reflètent les visages émaciés. Ils rentrent chez eux, courbés par le travail, bercés par les ballotements : certains s’endorment. D’autres, plus insouciants, désireux de tromper la fatalité et la fatigue, rient sous la caresse nocturne des effets de l’alcool.

Le train s’enfuit et moi avec, je regarde ce petit monde qui s’évite, chacun envouté par la lumière pâle des écrans connectés. Le son saturé embaume le wagon et les sonneries rugissent comme des hymnes de solitude.

Il est 23h30 et tout le monde communique sans croiser leur regard. C’est un étrange spectacle de bruits et de rumeurs où l’on s’ignore en attendant le quai.