C’est étrange

Fragments

C’est étrange, comme le feu dans nos mains chante la braise.

C’est étrange comme le monde s’est teinté du néant.

Hier encore il y avait comme un parfum de liesse,

Qui embaumait le cercle rapproché de nos sens.

C’est étrange comme déjà se patine l’ivresse,

D’un filtre virtuel qui a tout dérobé,

Un mur d’illusions vaines qui prétend connecter,

Et qui ravive au loin le chant de nos égos.

C’est étrange car hier encore, je me souviens.

Il brûlait dans nos yeux une larme d’espérance,

Quelque chose d’insensé qui défiait le réel,

Une course contre la montre que nous allions gagner.

C’est étrange ce combat qu’il faut sans cesse mener,

Contre les portes ouvertes vers les longs raccourcis,

Ces chemins de traverse qui nous vantent la paresse,

Comme une sœur éloignée de la contemplation.

C’est étrange, mais j’y croirai toujours,

Aux bonheurs insolites qui déchirent le jour,

Quand le matin encore je ne suis pas couché,

Et que je rêve sans fin aux couleurs opiacées.

Rituel de l’absence (III)

Fragments

Je me souviens de ce visage que je n’ai jamais croisé. La lumière du crépuscule souligne ses traits quand elle me sourit, ses mains, pareilles à des notes de piano, courent sur mon bras et éveillent mon âme.

Je sens à nouveau les fibres de mon corps, quand ses pieds nus sur le sol, dressés sur leur pointe, déplacent d’un mouvement précis et singulier, les lèvres du miracle qui scellent notre rencontre.

C’est un visage lointain et familier, comme une fresque d’un ancien monde ou d’une vie antérieure. C’est un sourire qui déchire le temps et l’espace et se grave dans ma mémoire, comme l’improbable fulgurance des amours fictionnels.