Il voulait

Fragments, Micronouvelles, Nouvelles

Micronouvelle 

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Il voulait écrire un roman. Quelle drôle d’idée. Il voulait écrire une nouvelle, tout cela lui est passé. Il voulait écrire un poème, mais il s’est envolé. Il voulait s’allonger dans l’herbe et ne plus y penser. Il y est arrivé, son téléphone a vibré et il a regardé, le reflet dans son écran. Il n’y avait rien, pas de visage, pas d’orage, sinon la foudre brisée qui morcelait son âme. La rage de ne rien faire et de payer pour cela, en allant chaque jour surfer dans le néant. Tout cela c’était maintenant et il attendait là, consterné par lui-même, de ne pas savoir saisir, le bonheur opportun des songes indécis.

Sans courage ni larmes

Fragments

Sans courage ni larmes, ils dictent leurs exigences, se parent de vérité, sans plier ni faiblir, car ils ont déjà tout et en veulent plus encore.

Sans courage ni larmes, ils palabrent sans cesse, pour nous faire oublier qu’ils n’ont plus rien à dire, ils ont fait du langage, un outil calibré, ombre de leurs passions mortes, artifice de leur fête.

Sans courage ni larmes, car pour cela il faudrait un cœur, de la force pour être faible et non un faible pour la force. Il faudrait l’ambition du présent et se sentir vivant, se nouer dans le réel et non fragmenter le vide, admettre l’autre dans le champ des possibles, savoir vivre sans soi-même un instant, se penser en commun, se panser dans l’instant, avec bravoure, tout en pleurant. Car le courage s’arrache au monde dans la nécessité du partage, il est l’objet d’une quête sans achèvement, il n’est pas une force mais une reconnaissance de ses limites individuelles, de la misère collective à être seul, de l’acceptation de sa faiblesse individuelle, il est une condition pour s’enivrer de nous, un acte de résistance, un poème.

 

 

Chaque Matin

Fragments

Chaque matin il regarde par la fenêtre. Que peut-il bien observer ?

La lune qui disparaît.

Les silhouettes qui s’effacent.

Les reflets sur les flaques.

Le bus qui passe dans un vrombissement impassible.

Son ombre sur la fenêtre.

Une mouette passe en rasant le jour, elle apporte des nouvelles d’au-delà et il se cambre nerveusement pour mieux suive sa trajectoire.

Chaque mouvement du dehors attire son attention.

Que peut-il bien penser ?

Existe-t-il un monde par-delà les toits ?

Où vont ces oiseaux qu’aucune vitre ne retient ?

Existe-t-il plus étrange spectacle que celui-ci ?

Où vont ces oiseaux juste après l’horizon ?

Ou alors… c’est le temps qu’il observe lui-même, ses contractions et ses répétitions, son impact instantané sur l’espace visible, ses impulsions chargées de sons et d’odeurs, de clignements familiers, ses alignements constants qui esquissent les contours, les couleurs qu’il diffuse, le mouvement de la lumière qui invente les formes et synthétise une certaine idée du réel ; un filtre poétique qui le rend supportable.

 

Le bruit des vagues

Voyage(s)

Au loin le bruit des vagues, des vagues les bruits du loin. La mer emporte avec elle nos souvenirs vers l’horizon. C’est un aller-retour incéssant du rêve à la mémoire. Au creux de ses ondulations, au milieu de la tempête, s’imprègnent les profondeurs de l’avenir.