Tourisme

Voyage(s)

S’élevant à l’unisson pour les merveilles antiques, où coulent les fontaines et jaillit la pierre du temps, ils sont brandis comme des bâtons de sorcier, à bout de bras, où les paysages nus sont incrustés du vide. On croirait entendre l’écho du silence et le voile d’un rictus pétrifié. Ce ne sont que des reflets qui s’admirent dans une flaque de pixels. Des tableaux sans toile, où tout est agencé, tout s’effrite, se consume instantanément, décharge son porteur de ses angoisses, de ses souvenirs pour qu’il puisse déclarer au monde indifférent : « I was there ».

Ô Perche à selfie, artefact consacré, désaltère mon égo, ta puissance est immense, d’un simple mouvement d’épaule, tu fais tout disparaître ; forme, lumière, matière. Tout devient invisible, il ne reste plus que le spectre d’un sourire agencé, où une foule alanguie répète à l’infini, ce sacrifice ultime au panthéon du moi.

Séquences (I)

Fragments

Figé entre deux blocs poisseux, ce corps s’évapore dans la passivité. Le temps n’existe pas, pourtant il se dérobe, lentement, se désagrège comme la craie des falaises et emporte avec lui toutes les aspirations.

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Sur le quai du métro, les larmes roulent sur ses joues. Ses yeux bleus, embués sont ceux d’un au revoir. Le train passe.

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Le paysage se décompose en fragments bien distincts, la nature morcelée invente de nouvelles formes, on perçoit la lumière comme celle d’un jour naissant et le ciel s’embrase sous le soleil couchant.

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Ses jambes nues se croisent dans le vide, adossée à la fenêtre elle recrache la fumée, qui disparaît dehors avec l’ombre de la nuit. C’est un matin frais mais ensoleillé et derrière cette silhouette qui fait trembler le cadre, on devine l’infini.

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Figée dans la chaleur estivale, la cour d’école est un repère de fantômes. Le bitume semble mou et sans consistance, il renferme pourtant tous les souvenirs d’enfance et les murs se souviennent des rêves inachevés.

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Soufflée par le vent et l’écume des vagues, les pétales du printemps se dispersent en dansant. Les cerisiers fleuris se dénudent patiemment, dévoilant leur bois tendre et leurs branches tortueuses. La beauté éphémère s’est figée à jamais comme la promesse sacrée de l’éternelle jeunesse.

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La neige glisse sur ses cheveux de jais. Ils ondulent dans le froid et disparaît la glace. L’arrière-plan est flou, comme dans un rêve. On devine un pont qui enjambe le Danube, tout est blanc, les rues et les trottoirs, le ciel aussi et le soleil se cache, diffusant une étrange lumière. Elle regarde vers le sol et sourit discrètement, car elle seule se souvient des mystères du hors-champ.

Montréal

Voyage(s)

La quiétude s’empare des marcheurs égarés. Il fait bon se perdre pour retrouver son chemin.

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Je me glisse dans la ville inconnue, le plaisir se répand dans l’imprévisible. Amour furtif derrière un arbre en fleurs, je caresse les murs comme un gilet de laine.

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D’en haut la ville est laide mais semble renfermer un secret que je tente de découvrir. Un touriste passe, prend une photo puis disparaît.

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Parenthèse de nature dans le tourment de la ville, une canette de red bull vient rouler à mes pieds.

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Il y a des lieux méconnus qui vous semblent familiers. L’air qu’on y respire dans l’espace agencé est comme une promesse tenue, une promesse venant d’une autre vie.