Avant la nuit

Fragments

Quand le soir arrive, c’est la soif qui dérive. Aspire, Empires, des soleils en déclin. Affamés de passions, ils constatent la rareté, sécheresse consumée des temples de carton. Se dissout dans la nuit, les espoirs bâtis le jour, les paradis artificiels sont désormais devenus sourds. Ils soulagent un temps la médiocrité, érigée en des normes reproduites aux confins. Dans ces salles où la musique s’érige en vestale, ils absorbent faute de mieux, les prières cannibales.

Pluie sans visage

Fragments

Il disait aujourd’hui, accoudé sur la table d’un café en regardant son reflet dans la vitre, ou était-ce, je ne sais pas, la pluie battante qui attisait sa mémoire pour chacune des gouttes ruisselant sur le carreau :

« Ce corps, cette âme, ce regard… je divague un peu dans mon histoire, mais si tu étais à ce moment précis où cette histoire fleurit dans mon imaginaire, tu serais probablement subjugué par tant de grâce. Chaque petit mouvement venant plier la chaire bien tendue de son dos cambré, ses fesses rondes à s’en mordre la lèvre jusqu’au sang, se rehaussant joliment dès qu’elle tournait la tête pour me regarder. Ce visage… un sourire languissant sur ses petites lèvres charnues, faisant scintiller de belles dents quelque peu jaunies par le tabac, des cils tutoyant l’infini, caressant les constellations et stoppant net le temps, un ornement un peu dissonant pour des yeux si tristes, éteints et pourtant perçants comme un rayon de lune à travers les rideaux d’une chambre noire. Ce n’est pas une fiction, c’est le murmure des souvenirs en désuétude qui hantent ma mémoire et je les regarde se flétrir à chaque battement de la pluie sur son visage ».

Cinéma (III)

Cinéma

Quand les astres s’alignent, ils contemplent le miracle, l’injonction céleste des forces en mouvement. Ils pensent percer – dans un fragment de temps – les lois de l’univers ; le spleen de l’évidence, la prophétie du rien, la fin des certitudes.  Puis les corps se délient et reprennent leur chemin initial, en espérant un jour peut-être entrer en collision dans le néant, suspendu au vide, où la fin du monde serait une symphonie magistrale, un bouquet final grandiose : le grand bal de l’insignifiance (Melancholia).