Avant la nuit

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Quand le soir arrive, c’est la soif qui dérive. Aspire, Empires, des soleils en déclin. Affamés de passions, ils constatent la rareté, sécheresse consumée des temples de carton. Se dissout dans la nuit, les espoirs bâtis le jour, les paradis artificiels sont désormais devenus sourds. Ils soulagent un temps la médiocrité, érigée en des normes reproduites aux confins. Dans ces salles où la musique s’érige en vestale, ils absorbent faute de mieux, les prières cannibales.

La Chose Publique

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La politique ne doit pas être un métier. C’est un combat permanent, une vigie à tenir seul ou en groupe, une colère transformée en poésie, un amour profond pour une réalité partagée, avec ses contrastes, sa multitude, ses aspérités et ses formes pluridimensionnelles.

En laissant cette réalité à ceux qui font de la politique une profession, aux spécialistes de la spécialité retranchée dans leurs landes stériles, on se dissout progressivement dans la médiocrité, la pensée bornée et sans imagination, on sous-traite le réel à des gestionnaires de l’indifférence, on se contente du pire à venir, nostalgique d’un « meilleur » fantasmé par des doctrines de l’inertie « néo-libérale » mais sous contrôle minutieux : la « nouveauté » doit rester un slogan marketing et la « liberté » un produit accessible par intermittence, selon les conditions du marché et les fluctuations virtuelles ($$$).

Il faut pourtant savoir s’approprier le réel, l’ouvrir aux autres, y intégrer les différences, les abstractions, se nourrir des rêves pour en colorer le tissu, en percer le voile, le réinventer pour vivre ensemble et enfin se débarrasser des formes creuses, des vents de sable qui lissent les idées, les transforment en de mornes fossiles entreposés dans des conserveries et sur lesquels s’extasient les âmes mortes, celles qui monopolisent l’espace par l’uniformité de leur langage sclérosé.

Et elles disent, dans leurs voiles de poussières ; « Regardez-moi braves gens, je suis le changement, la grande révolution, ici l’éthique s’achète et la morale se fabrique, ici la liberté est un horizon barré, une cité lumineuse éclairée par le gain, les visages retouchés et l’ambition sans limites. Ici les idées sont évidées, elles deviennent des masques de carnaval, des fanions rougeoyant pour masquer la violence de notre incompétence, nous ne savons rien faire et nous le vendons bien ».

Mirages Mirages

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À bien y regarder, la clarté aveuglante des rayons frivoles laisse pourtant entrevoir
l’antre du néant. Les arcanes sacrés sont élevés pour les princes, il reste au roturier
les cendres sous la fumée. Les coupes pétillantes dansent dans le carnaval des parures dorées et des robes légères.

Il est là pour goûter au prestige singulier des choses qu’il aime tant, mais il voit devant lui s’ériger des palais, gardant jalousement le trésor qu’il convoite, exhibé comme une médaille de gloriole.

Il reste les masques, la parade et les artifices et pour lui de
petits morceaux de charbon. La promesse d’un bois sec qui deviendra brasier, pendant qu’ils contemplent dans les reflets moirés, le totem de toutes leurs vanités.

Tableaux croisés

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Le monde au bout de mes doigts, dans l’espace morcelé, je reçois le contenu de petites capsules. Elles ont parcouru la terre, comme les frêles particules qui explosent dans le temps et déforment l’avenir.

Je n’ai plus qu’à effleurer d’un geste sûr, en comprimant la main, poussant, l’index agile, flexible, polyvalent, « Clic » ! C’est là l’aboutissement d’une technique du corps développée jusqu’à son achèvement le plus parfait, la puissance d’agir de tout un être, contenue sous l’ongle pour exploser au moindre frémissement.

« Clic clic » et me voici devant de bien curieuses boutures, celles de chiffres enfermés dans un amas de cases. J’oublie tout, aussi bien mes drôles d’introspections, car il m’est peu utile d’affiner ma raison, quand je constate enfin que pour toute une vie, j’aurai de quoi laisser mon cerveau endormi.

Ce jour-là pourtant, j’aurais aimé – je crois – entendre du Baudelaire, m’épancher sur le rythme des rimes d’Apollinaire, écrire des poèmes, apprendre la musique, analyser des films sans percer leurs mystères et finir par en faire pour ne plus en parler. Mais il faut cent fois mieux avoir sur son CV, la passion sans limites pour les tableaux croisés.

Débat électoral

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Sur les ondes s’entrechoquent les images. La parade du néant ronge mes synapses. Une voix unilatérale dicte le rythme du monde. Ataraxie soudaine des pantins de papier. Je suis las et j’attends.

Les idées faisandées sont portées à l’Olympe. Le virus contamine les consciences et les âmes. Plus rien n’existe sinon l’appât du gain. Les usines à reproduction sociale se dressent en « opportunités », ils y entonnent les prières de leur secte du vide. Je les vois hurler à la lune, mais ils ont peur dans la nuit de la lumière des astres. Ils réclament le monde sans qu’on le leur propose et ils soufflent sur la braise en accusant les flammes.

Amnésie

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J’entends chanter dans le creux de leurs ombres,

Les poésies sucrées diluant la pénombre.

J’entendais l’écho blanc des esprits rugissants,

Les remous écumeux résonnant dans leurs yeux.

Je me souviens à peine des combats d’avant-hier,

De nos armes littéraires, pour remuer la terre.

Je me souviens un peu du souffle résistant,

Qui appelait de ses voeux à rêver notre temps.

Je regarde les écrans ; des pantins indécents,

Des médiocres palabres aux écueils misérables.

 

Je tremble de peur, non devant les bombes, mais devant la pénombre de la poisseuse torpeur.