Il voulait

Fragments, Micronouvelles, Nouvelles

Micronouvelle 

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Il voulait écrire un roman. Quelle drôle d’idée. Il voulait écrire une nouvelle, tout cela lui est passé. Il voulait écrire un poème, mais il s’est envolé. Il voulait s’allonger dans l’herbe et ne plus y penser. Il y est arrivé, son téléphone a vibré et il a regardé, le reflet dans son écran. Il n’y avait rien, pas de visage, pas d’orage, sinon la foudre brisée qui morcelait son âme. La rage de ne rien faire et de payer pour cela, en allant chaque jour surfer dans le néant. Tout cela c’était maintenant et il attendait là, consterné par lui-même, de ne pas savoir saisir, le bonheur opportun des songes indécis.

Référencement

Fragments

Des rêves en héritage que nous pourrons offrir

Sur un plateau brisé, par les mains de l’avare.

Le miroir comme un songe qui reflète ton sourire,

S’éparpille à mes pieds, il est déjà trop tard.

Les mots sont à vendre et s’achètent par paquet

Langage référencé, enchaîné à la barre,

Outils analytiques pour vendre de la pensée,

Dévidant sa substance qui croupit dans la marre.

Si tout est à vendre, plus rien n’est à rêver,

Les songes mis en boîte, au rayon du néant,

Au service des égos errant dans les abcès,

Du réseau infini des décommunicants.

Fa(d/l)aises

Fragments

On dit que dans la nuit, tout se ressemble. Le jour est un passage étrange où dehors les besogneux s’agitent en attendant la fin. La fin de quoi ? Personne ne le sait. C’est au nom de cette finalité incertaine que ça klaxonne dans les bagnoles et que des inconnus insultent leur mère respective pour une ligne blanche mal coupée.

Le soir venu, elle finira dans le nez d’un cadre sup qui veut suivre le tempo. C’est une danse con el diablo et ça finit toujours mal. L’amusement est aussi devenu une activité productiviste à 80 balles le gramme. Il faut être performatif même à la fête, il ne faut rien manquer, tout ingérer, si ton corps lâche… c’est pas de bol. Suivre le rythme. Ils disent qu’ils sont en marche quand tout le monde se casse la gueule. On sait bien où ça nous mène et soyons francs, on s’en tape complètement mais, on a décidé de manger moins de viande pour sauver la planète.

Le lendemain, dans un meublé ikea agrémenté de quelques trouvailles chinées sur leboncoin, les nouveaux souvenirs que l’on s’est fabriqué sur son téléphone sont immortalisés jusqu’à la fin des temps (c’est à dire bientôt), sur des serveurs refroidis quelque part dans le monde où il fera bientôt trop chaud.  On a délégué sa mémoire à un compte instagram. C’est toujours ça de moins à supporter et ça permet d’allouer de l’énergie à une autre tâche cérébrale primordiale comme, à titre d’exemple, regarder défiler des trucs sur youtube. C’est comme pisser dans la neige pour dessiner son propre visage. C’est marrant, faut le dire et ça n’emmerde personne.

Dans la nuit tout se ressemble, surtout les chats, qui dans leur sublime indifférence passent pour des  stoïciens. Et moi j’écris des fadaises qui ne rebondissent nulle part sinon sur mon égo. Et moi j’égraine les falaises où retentit parfois le mirage d’un écho.

 

Poésie Digitale

Fragments

Parfois je préfère les pigments digitaux. Ils s’assemblent pour créer un monde alternatif, où la poésie en transit est condamnée à errer dans une forme immatérielle, intangible… Mais enfin, n’est-ce pas là sa nature même, depuis la nuit des temps, que d’amortir dans le réel, l’absolue relativité de la beauté invisible des choses ?

Le code n’est-il pas un langage développé par l’Homme et seulement par lui ? N’est-il pas capable de simuler à travers ces lignes, un horizon régi par des lois semblables à celles de l’univers ? S’y vautrer, n’est pas moins vain ou plus abstrait que d’attendre un signe, une explication, un remède contre la médiocrité dans le firmament des choses, pendant que se déroule dans l’épisode médiocre de ce qu’ils nomment le « réel », les bégaiements d’une narration consignée par la nécessité du contrôle.

J’attends donc le surgissement imprévisible, qui un jour viendra troubler ma somnolence, il viendra comme l’étoile déchirant le ciel d’encre, des nuits noires et chamarrées de l’Outreterre.