Pluie sans visage

Fragments

Il disait aujourd’hui, accoudé sur la table d’un café en regardant son reflet dans la vitre, ou était-ce, je ne sais pas, la pluie battante qui attisait sa mémoire pour chacune des gouttes ruisselant sur le carreau :

« Ce corps, cette âme, ce regard… je divague un peu dans mon histoire, mais si tu étais à ce moment précis où cette histoire fleurit dans mon imaginaire, tu serais probablement subjugué par tant de grâce. Chaque petit mouvement venant plier la chaire bien tendue de son dos cambré, ses fesses rondes à s’en mordre la lèvre jusqu’au sang, se rehaussant joliment dès qu’elle tournait la tête pour me regarder. Ce visage… un sourire languissant sur ses petites lèvres charnues, faisant scintiller de belles dents quelque peu jaunies par le tabac, des cils tutoyant l’infini, caressant les constellations et stoppant net le temps, un ornement un peu dissonant pour des yeux si tristes, éteints et pourtant perçants comme un rayon de lune à travers les rideaux d’une chambre noire. Ce n’est pas une fiction, c’est le murmure des souvenirs en désuétude qui hantent ma mémoire et je les regarde se flétrir à chaque battement de la pluie sur son visage ».

Le bruit des vagues

Voyage(s)

Au loin le bruit des vagues, des vagues les bruits du loin. La mer emporte avec elle nos souvenirs vers l’horizon. C’est un aller-retour incéssant du rêve à la mémoire. Au creux de ses ondulations, au milieu de la tempête, s’imprègnent les profondeurs de l’avenir.

Rituel de l’absence (III)

Fragments

Je me souviens de ce visage que je n’ai jamais croisé. La lumière du crépuscule souligne ses traits quand elle me sourit, ses mains, pareilles à des notes de piano, courent sur mon bras et éveillent mon âme.

Je sens à nouveau les fibres de mon corps, quand ses pieds nus sur le sol, dressés sur leur pointe, déplacent d’un mouvement précis et singulier, les lèvres du miracle qui scellent notre rencontre.

C’est un visage lointain et familier, comme une fresque d’un ancien monde ou d’une vie antérieure. C’est un sourire qui déchire le temps et l’espace et se grave dans ma mémoire, comme l’improbable fulgurance des amours fictionnels.