C’est étrange

Fragments

C’est étrange, comme le feu dans nos mains chante la braise.

C’est étrange comme le monde s’est teinté du néant.

Hier encore il y avait comme un parfum de liesse,

Qui embaumait le cercle rapproché de nos sens.

C’est étrange comme déjà se patine l’ivresse,

D’un filtre virtuel qui a tout dérobé,

Un mur d’illusions vaines qui prétend connecter,

Et qui ravive au loin le chant de nos égos.

C’est étrange car hier encore, je me souviens.

Il brûlait dans nos yeux une larme d’espérance,

Quelque chose d’insensé qui défiait le réel,

Une course contre la montre que nous allions gagner.

C’est étrange ce combat qu’il faut sans cesse mener,

Contre les portes ouvertes vers les longs raccourcis,

Ces chemins de traverse qui nous vantent la paresse,

Comme une sœur éloignée de la contemplation.

C’est étrange, mais j’y croirai toujours,

Aux bonheurs insolites qui déchirent le jour,

Quand le matin encore je ne suis pas couché,

Et que je rêve sans fin aux couleurs opiacées.

« Reine ton grand château brûle ».

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Reine ton grand château brûle. Par-delà les flammes qui caressent ton visage, je vois des larmes rouler sur tes joues empourprées. Tu gouvernes désormais sur la cendre virevoltante et la sécheresse singulière de tes espoirs brisés.

La grandeur qui jadis t’enveloppait de ses songes, a fui l’horizon et ne reviendra plus. Debout dans les décombres, le vent sèche ta peau moite et emporte la poussière qui glisse sur tes cheveux. Le désert s’ouvre à toi comme un nouveau royaume et tu irrigues les plaines à mesure que tu pleures.

Entre les murs sans fin, barricades de ton âme, tu te souviens de l’or qui excitait tes doigts, des mets affriolants qui ravissaient ta bouche, de la chaleur lénifiante du confort intérieur et tu souffres désormais comme un chien sans son maître.

Mais regarde derrière les gravas amoncelés, là où s’ouvrent les chemins tortueux de l’imprévisible, regarde bien, car c’est là que tu vas, nue et sans guide, délestée de tous les protocoles, offerte au monde comme une promesse dans la nuit…

…Une promesse que le jour saura tenir pour réchauffer ton coeur. Plus rien ne t’appartient, ni chevaux ni esclaves, ni destin tout tracé, plus de guerres à gagner, de complots à mener, te voilà livrée à la beauté éclatante de l’incertitude.

Tes pieds nus connaîtront la terre ferme, loin de ta tour nébuleuse où le monde semble si petit et tu découvriras bien vite que c’est peut-être « au-dessus du gouffre du plus rien que tout devient possible ».

Libre arbitre

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Les choix se déploient à l’infini, aux confins des incertitudes, pour mieux nous faire croire que le libre arbitre existe. Les ramifications s’entrelacent, se croisent, emmêlent les pistes déjà écrites, simulent la narration des possibilités et des compositions à venir.    Derrière nos désirs inassouvis se cache la seule excitation du vide planifié.

Mirages Mirages

Fragments

À bien y regarder, la clarté aveuglante des rayons frivoles laisse pourtant entrevoir
l’antre du néant. Les arcanes sacrés sont élevés pour les princes, il reste au roturier
les cendres sous la fumée. Les coupes pétillantes dansent dans le carnaval des parures dorées et des robes légères.

Il est là pour goûter au prestige singulier des choses qu’il aime tant, mais il voit devant lui s’ériger des palais, gardant jalousement le trésor qu’il convoite, exhibé comme une médaille de gloriole.

Il reste les masques, la parade et les artifices et pour lui de
petits morceaux de charbon. La promesse d’un bois sec qui deviendra brasier, pendant qu’ils contemplent dans les reflets moirés, le totem de toutes leurs vanités.