Cinéma (III)

Cinéma

Quand les astres s’alignent, ils contemplent le miracle, l’injonction céleste des forces en mouvement. Ils pensent percer – dans un fragment de temps – les lois de l’univers ; le spleen de l’évidence, la prophétie du rien, la fin des certitudes.  Puis les corps se délient et reprennent leur chemin initial, en espérant un jour peut-être entrer en collision dans le néant, suspendu au vide, où la fin du monde serait une symphonie magistrale, un bouquet final grandiose : le grand bal de l’insignifiance (Melancholia).

Cinéma (II)

Cinéma

Tout autour, le repos. Le silence est un vent tiède qui s’infiltre dans les pensées à la dérive. Les souvenirs deviennent odeurs, les odeurs deviennent présent, instant absolu, continuité figée, immersion totale déconnectée.

Les corps deviennent douceur, formes sensuelles en apesanteur, courbes entrelacées dans le vide étoilé (Under The Skin).

Cinéma (I)

Cinéma

Jouons : les titres des films sont à surligner dans les parenthèses. C’est plus drôle si vous devinez vous-mêmes.

 

Ton visage sur le miens et entre deux une vitre. Cicatrice intérieure, traversée du désert : « je préfère l’amnésie » (Paris, Texas).

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Dans la fumée électrique, deux ombres sous la pluie (Blade Runner).

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L’os brise la carcasse. Arme de destruction massive. Evolution de l’espèce (2001, l’Odyssée de l’Espace).

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Double jeu de dupes. La Grande illusion (Mulholland Drive)

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Dans le grand temple des apparences, les démons sont démasqués et il brûle avec eux la civilisation occidentale (Cosmopolis & Maps to the Stars)

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Regards croisés dans les ténèbres et l’humanité entre deux, derrière la machine infernale, le cadre à fleur de peau caresse le souffle et retient les âmes. Bruits hors champ, mécanique du meurtre, l’odeur du sang ou la mort sur les mains. L’eau purifie les macules, lave les visages mais le cauchemar revient. La malédiction enveloppe les consciences, quand les cris resurgissent à la nuit tombée. Les peaux respirent, cinéma épidermique où la chair est essence, effluve de vie – les corps possédés par la peur –  viscérale – puis la vérité nue, à vif, dépecée dans les couloirs du productivisme, hachée menue, enturbannée de plastique, rendue consommable. La barbarie refoulée dans les marges de l’innommable, la folie derrière un rideau de pluie… Le feu comme délivrance, étrange soulagement quand la rivière ne caresse que les plaies, il brûle comme un nouvel espoir et sur les ruines sans l’Homme, tout redevient possible. « Savez-vous ce qui transforme la nuit en lumière ? La poésie ».  (Gorge, Coeur, Ventre)

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Corps adulescents et courbes entrelacées, dans la jungle de l’apparence et des rituels, la danse pasolinienne annonce la faim des temps. Des lueurs d’Andrinople aux écoulements nasaux, la bête sommeille et précède l’appétence. Transformation, mutation, altération, métamorphose, autant de formes changeantes contenues dans un cadre, l’ombre magistrale des références fécondes, enveloppe l’image des réminiscences. Sur les sentiers de Cronenberg, à la recherche de pistes nouvelles, entre rire et horreur, le cinéma respire au rythme du sang : sous la peau. Absorber l’autre dans une transe singulière, pour mieux unir les êtres au croisement de leurs âmes. Fluides et matières, émanations de désir brut, la peau sous les ongles et la dent aiguisée.  Sourire carnassier, le prédateur chasse, il rode entre les joncs, au bord du macadam : il t’attend. (Grave)