Il respire

Contes, Micronouvelles

Micronouvelle / Conte. 

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Un homme entre dans une grotte. Tout est lumière. Les parois se meuvent à chaque mouvement de son corps. Il respire. Il respire vraiment. Il n’avait jamais su ce qu’était la respiration. Certes depuis sa naissance il inspirait puis expirait afin de permettre l’échange gazeux et ainsi renouveler l’air contenu dans ses poumons. C’est une belle mécanique, admirable, que d’actionner quelques muscles et de voir un corps qui fonctionne. De voir la mort en négatif, troublée jusqu’à nouvel ordre…

Mais cette fois-ci, tout est différent. Il respire pour la première fois. Ce n’est pas désagréable. Plutôt intrigant. À mesure qu’il laisse pénétrer l’air, il ressent comme un profond bien-être, du moins c’est une sensation nouvelle que des mots ne peuvent pas décrire. Il tombe indéfiniment sans jamais toucher l’objet qui l’attire. Comme les astres.

Quand il ouvre les yeux, on le trouve sur la cime d’une montagne. Il suffoque. L’air  le submerge. Il ne sait pas respirer et pourtant il le fait. Il y a tout autour de lui, l’univers concentré dans un écrin de vide. C’est terriblement beau de voir cet espace vierge que l’on ne peut pas combler. Il pourrait y dessiner avec des gestes, des formes abstraites que deux yeux sauraient voir. Il s’y refuse. On dirait qu’il se débat. Il a peur de respirer.

On lui montre le ciel qui est occupé à ne rien faire. Des corps blancs éthérés flottent sur son horizon. Il apprend à voir. Il regarde en fermant les yeux.

Il ne sait rien, il a tout à apprendre. Il entend la coupe se remplir et il ne peut rien y faire. C’est à ce moment précis qu’il comprend. Il s’arrête dans le creux qui entoure sa poitrine et y fait de la place pour deux. Ils respirent.

 

Chaque Matin

Fragments

Chaque matin il regarde par la fenêtre. Que peut-il bien observer ?

La lune qui disparaît.

Les silhouettes qui s’effacent.

Les reflets sur les flaques.

Le bus qui passe dans un vrombissement impassible.

Son ombre sur la fenêtre.

Une mouette passe en rasant le jour, elle apporte des nouvelles d’au-delà et il se cambre nerveusement pour mieux suive sa trajectoire.

Chaque mouvement du dehors attire son attention.

Que peut-il bien penser ?

Existe-t-il un monde par-delà les toits ?

Où vont ces oiseaux qu’aucune vitre ne retient ?

Existe-t-il plus étrange spectacle que celui-ci ?

Où vont ces oiseaux juste après l’horizon ?

Ou alors… c’est le temps qu’il observe lui-même, ses contractions et ses répétitions, son impact instantané sur l’espace visible, ses impulsions chargées de sons et d’odeurs, de clignements familiers, ses alignements constants qui esquissent les contours, les couleurs qu’il diffuse, le mouvement de la lumière qui invente les formes et synthétise une certaine idée du réel ; un filtre poétique qui le rend supportable.