Contre

Fragments

Je suis contre. En opposition. Mais je suis aussi contre, tout contre nous. Je soutiens des murs qui devraient s’effondrer. Je suis contre, je supporte, avec mon dos, mes mains, ma nuque et ma tête.

Je suis contre. Je détruis des murs, je brise des barrières, blotti avec les autres. Nous avançons contre. C’est-à-dire ensemble.

Je contre, je m’oppose, je renvoie. Mon corps se tend et plonge vers le ciel. Mon saut me porte, je suis suspendu, je dis non.

À ton encontre, je suis venu, épuisé. J’ai lutté, j’ai entendu la pluie, j’ai vu ta main dans mes cheveux, tout contre toi…

De petites choses

Fragments

De petites choses irritent ma tête, mes pensées stagnent, irriguent mon être. Mon corps convulse comme une étoile, devenue trop dense. Et moi je danse avec moi-même dans mon égo. Et moi je danse avec moi-même dans un étau. J’ai ton regard dans l’horizon mais tout derrière la nuit s’annonce. J’ai ton regard c’est tout ce qu’il faut, je n’ai pas besoin de réponses.

Il voulait

Fragments, Micronouvelles, Nouvelles

Micronouvelle 

Temps de lecture estimé : 1 minute

Il voulait écrire un roman. Quelle drôle d’idée. Il voulait écrire une nouvelle, tout cela lui est passé. Il voulait écrire un poème, mais il s’est envolé. Il voulait s’allonger dans l’herbe et ne plus y penser. Il y est arrivé, son téléphone a vibré et il a regardé, le reflet dans son écran. Il n’y avait rien, pas de visage, pas d’orage, sinon la foudre brisée qui morcelait son âme. La rage de ne rien faire et de payer pour cela, en allant chaque jour surfer dans le néant. Tout cela c’était maintenant et il attendait là, consterné par lui-même, de ne pas savoir saisir, le bonheur opportun des songes indécis.

Avant la nuit

Fragments

Quand le soir arrive, c’est la soif qui dérive. Aspire, Empires, des soleils en déclin. Affamés de passions, ils constatent la rareté, sécheresse consumée des temples de carton. Se dissout dans la nuit, les espoirs bâtis le jour, les paradis artificiels sont désormais devenus sourds. Ils soulagent un temps la médiocrité, érigée en des normes reproduites aux confins. Dans ces salles où la musique s’érige en vestale, ils absorbent faute de mieux, les prières cannibales.

C’est étrange

Fragments

C’est étrange, comme le feu dans nos mains chante la braise.

C’est étrange comme le monde s’est teinté du néant.

Hier encore il y avait comme un parfum de liesse,

Qui embaumait le cercle rapproché de nos sens.

C’est étrange comme déjà se patine l’ivresse,

D’un filtre virtuel qui a tout dérobé,

Un mur d’illusions vaines qui prétend connecter,

Et qui ravive au loin le chant de nos égos.

C’est étrange car hier encore, je me souviens.

Il brûlait dans nos yeux une larme d’espérance,

Quelque chose d’insensé qui défiait le réel,

Une course contre la montre que nous allions gagner.

C’est étrange ce combat qu’il faut sans cesse mener,

Contre les portes ouvertes vers les longs raccourcis,

Ces chemins de traverse qui nous vantent la paresse,

Comme une sœur éloignée de la contemplation.

C’est étrange, mais j’y croirai toujours,

Aux bonheurs insolites qui déchirent le jour,

Quand le matin encore je ne suis pas couché,

Et que je rêve sans fin aux couleurs opiacées.

Nos souffles unis recouvrent tout

Fragments

Une pluie de toi sur mon visage, le goût du souvenir dans la bouche. C’est humide entre mes doigts, comme une langue tendue dans le noir. Les corps s’avalent pour mieux se voir dans la tempête. La lumière passe entre les êtres et je m’estompe sur ta peau. Dehors, les gouttes tombent sur le velux et font crépiter le décor. Nous entendons à peine la lumière de l’orage. Nos souffles unis recouvrent tout.

Nous disparaissons dans une volupté brute. Tout recommence, plus fort, plus proche, jusqu’à dissolution. Nous nous endormons enfin, cachés sous la lune. Je sens ton absence à la lisière du sommeil. Je m’anime à nouveau avec les bruits du toi.

Les Solitudes

Fragments

Elle lui demanda de le regarder. Il détournait les yeux. Elle lui dit que même ailleurs elle le regardait, mais il ne l’entendait pas. Il refusait d’admettre qu’elle avait son regard dans le sien même en lui tournant le dos. Pourtant elle le voyait tout entier, encore mieux avec de la distance, encore mieux avec l’âpreté du manque, elle pouvait le contempler, dans ses gestes, dans ses paroles, dans son être, dans sa beauté. Lui, continuait à fuir cet implacable constat empirique qu’était le vide créé par son absence.  Elle, pouvait le peindre avec ses mains, dans l’espace que son corps n’investissait pas. Son souvenir ne lui suffisait pas, mais elle parvenait à entourer le vide. En formant des cercles d’or avec ses doigts, elle attrapait un peu de son âme ; quelques filaments cendrés qui blanchissaient sa peau. Lui, il regardait son ventre et sa douleur et son chagrin, le pressait doucement contre sa poitrine et ignorait la lumière, douce et lointaine qui caressait sa nuque.