L’étoile blanche

Alors qu’elle regardait vers le ciel, quelque chose manquait à son horizon. La lune était bien là, solidement ancrée dans son halo de nacre et l’insondable tissu de l’univers placide, écrasait les collines sculptées par son obscurité.  Que manquait-il alors ? Une étoile ! L’étoile blanche qui veillait sur son sommeil et épousait ses songes les plus mélancoliques.

– « Où est mon étoile blanche ? demanda-t-elle aux astres.

Nous ne le savons pas ? répondirent tous ensemble les points de sa constellation ».

Alors elles demandèrent à leurs voisines lumineuses, si elles n’avaient pas vu leur petite sœur. Personne ne la trouva. On demanda même au soleil qui dans son flambant sommeil, éclairait la lune, mais il ne savait rien. Dans toute la galaxie, la nouvelle circula, dans les moindres recoins de toute la Voie lactée, on cherchait, dans la poussière d’argent, la lueur endormie, dont l’absence brillait au creux de l’univers. Rien.

Attristée, elle ferma la fenêtre et alla se coucher, le cœur lourd et l’âme agitée. « Où est mon étoile blanche ? Sa clarté m’animait comme un souvenir passé, d’une vie que j’ai vécu un jour, il y a longtemps. Elle réchauffait mes nuits et comblait l’attente d’un amour sans retour ». Mais c’était peine perdue, plus rien ne brillait pour elle dans le ciel de jais.

Le lendemain, elle ne prit pas la peine de lever les yeux au ciel. Il était pourtant beau comme un secret, insondable comme l’océan dans lequel il s’unissait au loin, emmené par le bruit des vagues. Mais sans son étoile blanche, tout était dépeuplé. Pourtant, quelque chose attendait au fond de son tiroir. La tristesse l’aveuglait mais elle était bien là, la petite étoile blanche qui brillait dans le noir. Elle dut faire un effort pour briller bien plus fort et attirer l’attention de la jeune femme transie.

Toute la maison fut frappée de splendeur. La blancheur éclatante du spectre lumineux, suspendit toute la morosité, elles s’étaient reconnues, elles étaient réunies dans la paume de sa main tremblante.

– « Je suis descendu ici, car de là-haut tu étais trop loin de moi, dit la petite étoile. A quoi bon contempler sans être ce que je suis, entière tout près de toi ?

– Je suis sidérée, répondit la jeune femme dont la douce chaleur étoilée lui réchauffait le corps.

– Je te regarde de là-haut, ma petite étoile du matin.

– Mais enfin je ne suis pas une étoile murmura la jeune femme, c’est toi ma petite étoile blanche.

– Je ne le crois pas. Sache que de là-haut, quand le soleil me cache et que je te regarde, c’est toi au loin qui brilles pour moi ».

Qui de l’une illuminait l’autre ? Cela ne put vraiment être tiré au clair. La vérité des choses est souvent impénétrable dans les confins de l’univers. Il y a toujours pourtant, dans un coin du ciel, une étoile qui brille pour quelqu’un. Ces deux-là probablement, s’attendaient depuis toujours. Le temps n’est pas le même pour une étoile et pour une jeune femme. Une vie humaine ne dure qu’un battement de cil pour un astre. Le temps seulement de reconnaître une âme. Et pour une jeune femme alors… si elle peut contempler toute une vie le scintillement du ciel, il faut vivre des millions de fois avant les retrouvailles. Et pourtant le temps semblait si long, pour l’une comme pour l’autre, lorsqu’elles se trouvaient séparées par le rituel de l’absence.

La petite étoile blanche ne pouvait pas rester dans les mains de la jeune femme, car déjà sa lueur faiblissait. Elle retrouva le ciel et sa constellation. Si une étoile brille, c’est pour tous ceux qui la regardent et lorsqu’un astre manque à l’univers, alors c’est toutes ses lois qui se détraquent. La jeune femme ne lui en voulut pas, car elle pouvait la regarder briller tous les soirs malgré la distance qui les séparait. Elle savait qu’un jour, elle aussi viendrait se faire emporter par le firmament et retrouver sa petite étoile blanche, pour briller avec elle jusqu’à la fin des temps.

Fin.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s