Sans courage ni larmes

Sans courage ni larmes, ils dictent leurs exigences, se parent de vérité, sans plier ni faiblir, car ils ont déjà tout et en veulent plus encore.

Sans courage ni larmes, ils palabrent sans cesse, pour nous faire oublier qu’ils n’ont plus rien à dire, ils ont fait du langage, un outil calibré, ombre de leurs passions mortes, artifice de leur fête.

Sans courage ni larmes, car pour cela il faudrait un cœur, de la force pour être faible et non un faible pour la force. Il faudrait l’ambition du présent et se sentir vivant, se nouer dans le réel et non fragmenter le vide, admettre l’autre dans le champ des possibles, savoir vivre sans soi-même un instant, se penser en commun, se panser dans l’instant, avec bravoure, tout en pleurant. Car le courage s’arrache au monde dans la nécessité du partage, il est l’objet d’une quête sans achèvement, il n’est pas une force mais une reconnaissance de ses limites individuelles, de la misère collective à être seul, de l’acceptation de sa faiblesse individuelle, il est une condition pour s’enivrer de nous, un acte de résistance, un poème.

 

 

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